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Ce cher Calvin !

La liste de maladies dont souffrait Calvin ferait grimacer n’importe qui : pierres aux reins, néphrite (infection rénale), hémorroïdes, migraines prolongées, tuberculose pulmonaire chronique, parasites intestinaux, colon spasmodique, arthrite. C’est ce qui explique sans doute sa réputation d’irascibilité! Thédore Baza, son successeur à Genève, écrivit de lui « Un corps fragile mâté par un esprit déterminé ». Néanmoins, malgré ses souffrances, Calvin alla jusqu’à prêcher huit jours avant de mourir. Armé d’une consécration indéfectible, il insista pour qu’on le porte vers la chaire sur une chaise. Une partie de la dédicace de son livre Commentaire sur 2 Thessaloniciens l’exprime bien : « Mon ministère…m’est plus précieux que ma vie. » Il dormait peu mais était capable d’extraordinaires efforts intellectuels. On estime qu’il prêcha au-delà de 4,000 sermons (dont 1,500 ont été conservés), commençant souvent à 6 h du matin. Son premier ouvrage fut un essai sur l’éthique politique.

Jean Cauvin (en latin « Calvinus » puis abrégé pour « Calvin ») naquit dans une famille bourgeoise le 10 juillet 1509 dans la ville de Noyon en France, 50 milles au nord-est de Paris. À l’âge de onze ans, il alla étudier à Paris, au Collège de la Marche et y amorça des études sur le latin (la langue des érudits au 16e siècle), maîtrisant la langue par le biais de la mémorisation des règles au moyen de vers (strophes) – un total de 2645 lignes! Par la suite, au Collège Montaigu, il fut exposé à la théologie évangélique des réformateurs allemands.

Son père l’envoya à la faculté de droit de l’université d’Orléans où on lui conféra son doctorat à l’âge de 23 ans. Pourtant, Calvin n’était pas attiré par le droit mais plutôt par les langues et la littérature de l’Antiquité; il y étudia également la philosophie humaniste (1) d’Érasme (tous les grands réformateurs étaient d’abord formés comme humanistes, la seule exception étant Martin Luther). Puis il fut attiré par les réformes de l’Église, connues sous le nom de protestantisme. Calvin et son ami Nicolas Cop essayèrent de structurer les nouvelles idées religieuses. Toutefois, à la fin de 1533, le Parlement français considéra ce mouvement perturbateur pour la paix civile et exila Cop et Calvin.

Puis en 1534, quelque chose arriva qui changea l’érudit humaniste en un théologien, prédicateur et pasteur. Toujours peu enclin à attirer l’attention sur lui, Calvin resta réticent quant aux détails de sa conversion. Tout ce que nous savons, c’est ce qu’il écrit dans la préface de son Commentaire sur les Psaumes : « …par une conversion subite, Dieu dompta et rangea à docilité mon coeur… »

À partir de là, Calvin s’associa ouvertement aux hommes dont la théologie était « douteuse ». La méfiance tourna rapidement en persécution, et le roi en vint à promulguer un édit contre le « luthéranisme ».

Puis il entreprit son principal ouvrage connu, Institution de la religion chrétienne. Cet ouvrage devint l’écrit le plus important de l’ère de la Réforme. Son influence est inestimable. Bien que celle-ci ait été plus apparente en Écosse et aux Pays-Bas, l’apport de l’Institution se voit facilement dans plusieurs contextes et pays : le livre de prière anglican, le puritanisme du dix- septième siècle, le congrégationalisme de la Nouvelle-Angleterre, et la théologie du Grand Réveil du dix-huitième siècle. La première édition parut en 1536, puis fut révisée plusieurs fois jusqu’à son édition finale, en 1559. Fondé sur une lecture littérale des Écritures, cet ouvrage fut considéré comme le modèle par excellence de la façon dont l’adoration doit être pratiquée. Les deux idées centrales en sont la propagation de la Parole de Dieu et une excellence morale, et ces deux principes se retrouvent dans tous les ouvrages subséquents de Calvin.

Calvin revint de Paris à Strasbourg en 1536, pour y rencontrer d’autres réformateurs. Mais une guerre sévissait à ce moment-là dans l’est de la France et il fut contraint de faire un détour par Genève. Il se présenta à Guillaume Farel, réfugié français venu prêcher la nouvelle foi, qui convainquit Calvin, alors âgé de vingt-sept ans, à rester comme prédicateur itinérant. Calvin fut rapidement reconnu comme leader protestant de grand talent. Même s’il fut le principal penseur de la Réforme et son écrivain le plus prolifique, il n’était pas un ermite universitaire à qui l’on garantissait la solitude aux fins de recherche et de rédaction. Il était plutôt un pasteur qui devait prêcher (chaque jour!), visiter les malades, juger les litiges de la congrégation et conseiller les paroissiens qui avait péché notoirement. La forte influence de Calvin sur les citoyens devint très vite évidente. Il y avait eu des lignes de conduite morales à Genève depuis longtemps mais elles n’avaient jamais été mises en application. Calvin affirma que quiconque n’observerait pas le code moral strict serait sévèrement puni. Mais les gens de Genève avaient peine à accepter que le pouvoir de Farel et Calvin, deux français, aille au-delà de la religion. Les foules genevoises manifestèrent devant sa maison, menaçant de le jeter dans la rivière. Les magistrats de la ville lui octroyèrent trois jours pour quitter. Au printemps de 1538, Farel et Calvin furent expulsés par les magistrats et se réfugièrent à Basel.

À Strasbourg, principale ville de refuge pour les protestants persécutés en provenance de la France, Calvin y retrouva Martin Bucer, leader de l’église réformée. Même si les citoyens parlaient en grande partie l’allemand et que sa congrégation était petite, il y vécut heureux pendant trois ans et épousa Idelette de Bure, une veuve ayant deux enfants. Elle s’avéra être une compagne précieuse et elle lui donna trois enfants, lesquels moururent tous en bas âge. Calvin voulait que l’église française de Strasbourg soit un modèle pour ce qu’il avait en tête.

Quant à Genève, maintenant dépourvu du leadership de l’homme qu’elle avait expulsé, la ville dégénéra rapidement; c’était le chaos politique et religieux total. Le conseil de ville le pressa de revenir comme leader principal de l’église réformée. Après une longue hésitation, il accepta et revint à Genève le 13 septembre 1541. Même s’il n’eut aucun rôle de prédicateur, à partir de ce moment jusqu’à sa mort, il fut le législateur virtuel de Genève. On le consulta dans divers domaines tels la loi, la police, la diplomatie étrangère, l’hygiène publique. Calvin rédigea les lois régissant l’église réformée (1541) ainsi que la Constitution de la République genevoise (1543).

Calvin croyait que l’autorité de l’église était supérieure à celle des politiciens mais l’aristocratie genevoise refusa toujours de se soumettre à sa discipline. En mai 1555, les nobles se levèrent et protestèrent quant au nombre de réfugiés dans la ville et certains contestataires furent exécutés. Après, le gouvernement de la ville fut favorable à Calvin pendant les neuf dernières années de sa vie. En accordant la citoyenneté à un grand nombre de réfugiés religieux, la nouvelle doctrine fut finalement adoptée. Les réfugiés devinrent une élite morale et intellectuelle, laquelle forma les piliers de l’économie si prospère. Il encouragea les arts, l’éducation, la science et l’économie et sous Calvin, la ville devint florissante; la ville protestante la plus importante de l’Europe au seizième siècle. Sous Calvin, Genève fut appelée la « Rome protestante » et elle devint un bastion de la moralité religieuse.

Calvin était une personne qui confrontait. Pour que le protestantisme soit accepté, il devait déployer une grande énergie, ainsi que rigueur et persévérance. Il n’était jamais satisfait de lui-même. La contribution de Calvin fut immense. Outre l’Institution de la religion chrétienne (1700 pages), il écrivit des commentaires sur presque tous les livres de la Bible, plusieurs traités sur d’importantes controverses théologiques, des milliers de sermons (342 au total sur le livre d’Ésaïe seul), et de nombreuses lettres. Calvin affirma que chaque croyant doit avoir une certaine dose de finesse théologique au risque d’être à la merci de tout vent théologique. Dans ses nombreux écrits, il s’avéra être à la langue française ce que Shakespeare fut pour la langue anglaise.

Calvin écrivit sa dernière lettre à son plus cher ami, Guillaume Farel, quelques jours avant sa mort (le 27 mai 1564) : « Il suffit que je vive et meure pour Christ, lequel est pour tous ceux qui le suivent un gain dans la vie et dans la mort. » Sa pierre tombale ne comporte aucun écrite et pourtant son empreinte, sur des sujets aussi divers que l’art, l’économie et la politique, est indélébile. Mais encore, c’est à titre de théologien que Calvin s’illustra.

(1) L’humaniste désigne celui qui s’est spécialisé dans les studia humanitatis, les humanités, les études littéraires ou encore, selon l’heureuse expression de Cicéron, les études dignes de l’homme, les études qui rendent l’homme meilleur et davantage humain. Donc un sens purement scolaire, en l’occurrence une spécialisation universitaire. Tiré des Études et recherches d’Auteuil.

 

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Héritage

à Trois-Rivières le vendredi 20 avril @ 19h30

Le concert se tiendra à l’église Baptiste de Trois-Rivières

8305 Boul. des Forges, Trois-Rivières

Pour plus d’information, veuillez contacter Michael Guay : (819) 372-7755

Entrée libre !!

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C’est un rempart que notre Dieu

L’an 1529 se voulut une année très difficile pour Martin Luther; un temps crucial pour le mouvement de la Réforme. Maladie, découragement et danger menacèrent continuellement.

Douze ans après avoir placardé ses 95 thèses sur la porte de la cathédrale de Wittenberg en Allemagne, Luther était maintenant en proie à la dépression; il se tourna alors vers deux de ses antidotes les plus efficaces, la musique et les Écritures. Il écrivit des hymnes, traduisit la bible dans la langue du peuple et remit en vigueur la pratique des chants par les membres de la congrégation. Il permit même aux femmes de chanter en public, un privilège qui leur avait été retiré pendant mille ans. Souvent, lorsqu’il subit les assauts de l’ennemi, il combattit au moyen d’un chant.

Au cours de cette année de grande dépression qu’il vécut, Luther se tourna vers le Psaume 46. Il en répéta à maintes reprises le premier verset : « Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours qui ne manque jamais dans la détresse ». Inspiré par la force qu’il trouva dans ce psaume, il donna à la chrétienté l’un de ses plus grands héritages, le merveilleux cantique « C’est un rempart que notre Dieu » (A mighty fortress is our God) qui devint plus tard le cri de ralliement de la Réforme. On le chantait partout dans les rues.

Ses fortes images résument bien toute la puissance spirituelle qui vient au secours du croyant dans les moments d’adversité. Ce chant fut d’ailleurs chanté aux funérailles de Luther et la première ligne de cet hymne est gravée sur sa pierre tombale à Wittenberg.

Nous ne vivrons probablement jamais autant d’opposition que Luther mais nous pouvons quand même savoir que c’est ce même Dieu qui est notre refuge et notre force dans la détresse.

Ce chant, écrit à l’origine en allemand (Ein feste Burg ist unser Gott), comporte deux versions françaises, celle de Henri Lutteroth (1845) et celle qui parut dans le Recueil de Montbéliard (1847). Nous vous joignons ici les deux versions pour pouvoir en saisir toute la richesse. Certainement un chant à redécouvrir…

1. Henri Lutteroth 1845

1. C’est un rempart que notre Dieu :
Si l’on nous fait injure,
Son bras puissant nous tiendra lieu
De cuirasse* et d’armure.
L’ennemi contre nous
Redouble de courroux :
Vaine colère !
Que pourrait l’adversaire ?
L’Eternel détourne ses coups

2. Seuls, nous bronchons à chaque pas,
Notre force est faiblesse.
Mais un héros, dans les combats,
Pour nous lutte sans cesse.
Quel est ce défenseur ?
C’est toi, puissant Seigneur,
Dieu des armées !
Ton Eglise opprimée*
Reconnaît son Libérateur !
Connaissent leur libérateur.

3. Que les démons forgent des fers
Pour accabler l’Eglise,
Ta cité* brave les enfers,
Sur le rocher assise !
Constant dans son effort,
En vain, avec la mort,
Satan conspire :
Pour briser son empire,
Il suffit d’un mot du Dieu fort !

4.Dis-le, ce mot victorieux,
Dans toutes nos détresses !
Répands sur nous du haut des cieux
L’Esprit*et ses largesses.
Qu’on nous ôte nos biens,
Qu’on serre nos liens,
Que nous importe ?
Ta grâce est la plus forte,
Et ton royaume est pour les tiens.

2. Recueil de Montbéliard 1847

1. C’est un rempart que notre Dieu,
Une retraite sûre,
Notre délivrance en tout lieu,
Une invincible armure.
L’ancien ennemi
De rage a frémi ;
Perfide et jaloux,
Il s’arme contre nous
Du glaive et de l’injure.

2. A quoi servent tous nos travaux
Dans ce péril extrême ?
Pour nous combat le vrai héros
Choisi par Dieu lui-même.
Qui est* ce Sauveur ?
C’est Christ, le Seigneur,
Le Dieu saint et fort,
Dans la vie et la mort,
Le* Rédempteur suprême !

3. Et quand les démons furieux
Rempliraient cette terre,
De ces tyrans audacieux
Qu’importe la colère !
Le Dieu tout-puissant
Est ici présent.
Prie et ne crains rien :
Un seul mot, ô chrétien,
Terrasse l’adversaire.

4. Ce mot, c’est du grand Roi des rois
La Parole immortelle ;
Le monde et l’enfer à la fois
Ne peuvent rien contre elle.
Prenez corps et biens,
Femme, enfants, soutiens :
Efforts superflus !
Ton royaume, ô Jésus,
Reste au chrétien fidèle.

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Histoire de l’église 101 – Martin Luther

Martin Luther King ou Martin Luther?

Quand on n’est pas un « fan » de l’histoire, on peut facilement croire qu’il s’agit du même personnage auquel on affuble parfois un surnom. Et pourtant les deux vécurent à des époques différentes et évoluèrent dans des sphères différentes. Mais les deux militèrent pour une cause à laquelle ils croyaient profondément et dont ils consacrèrent leur vie. Martin Luther King est un noir qui revendiqua les droits sociaux des noirs aux États-Unis. Martin Luther est un allemand qui remit en question l’application pure et simple de la Parole de Dieu dans la vie quotidienne. Dans le cadre du survol que nous voulons tracer sur l’Histoire de l’Église, nous nous intéresserons à ce dernier, celui que plusieurs reconnaissent comme étant le Père de la Réforme protestante.

Ses débuts

Fils de Hans et Margaretha Luther, Lindemann, Martin Luther naquit le 10 novembre 1483 à Eisleben en Allemagne. Propriétaire d’une mine, son père désirait pour lui un meilleur avenir. Il l’inscrit donc à l’Université d’Erfurt à l’âge de 17 ans et seulement un an plus tard, soit en 1502, il obtient son baccalauréat, et trois ans plus tard, sa Maîtrise! Suivant donc la volonté de son père, il se destine à une carrière de juriste lorsqu’un soir d’été, en 1505, lors d’un terrible orage où la foudre tombe à deux pas de lui, il s’écria, « Aide-moi Ste-Anne et je deviendrai un moine! ». Ce qu’il fit; il laissa les études de droit et entra au couvent des Augustins d’Erfurt où il fait maints efforts pour plaire à Dieu par toutes sortes de bonnes œuvres. Mais cela ne suffit pas à lui apporter la paix avec Dieu. Il s’appliqua donc à des jeûnes, des flagellations, de longues heures en prière et des pèlerinages, outre d’incessantes confessions. Plus il essayait de s’approcher de Dieu, plus il devint conscient de son état de pécheur.

En 1508, il devient « docteur en théologie » et se distingue comme l’un des brillants professeurs de l’université de Wittenberg où il explique et commente la Bible (psaumes et épîtres de Paul en particulier). Se plongeant dans les Écritures pour préparer ses sermons lorsqu’il avait à prêcher ou à enseigner, certains mots en vinrent à prendre une nouvelle signification, tels repentance et justification. C’est en étudiant l’épître de Paul aux Romains qu’il acquiert la conviction que tout homme est sauvé par l’amour gratuit de Dieu. Ce qui lui fit dire que l’Église avait complètement perdu de vue plusieurs des vérités centrales de la Bible dont celle qui le libéra finalement de sa séparation d’avec Dieu : la justification par la foi seule. Luther se mit donc à enseigner que le salut est un don de la grâce de Dieu, reçu par la foi et la promesse que Dieu pardonne les péchés en raison de la mort de Christ sur la croix. Et cela, croyait-il, est l’oeuvre de Dieu du début à la fin.

En 1517, un prieur dominicain du nom de Johann Tetzel, se mit à vendre des indulgences dans le but de financer la restauration d’une partie de la cathédrale St- Pierre de Rome. Il n’en fallut pas plus à Luther pour qu’il pose une action qui changea le cours de l’histoire; il placarde ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg, accusant ainsi l’église catholique romaine d’hérésies. Mais Luther y dénonça également la position du clergé relativement au salut personnel. De l’avis de plusieurs, ce geste marqua le point de départ de la Réforme protestante… même si dans les faits, John Wycliffe, Jean Hus, Thomas Linacre, Jean Colet, et d’autres avaient déjà consacré leur vie à la même cause, établissant ainsi les fondements sur lesquels Luther bâtissait.

En 1521, suite à la Diète (réunion) de Worms qui l’excommunie, il se réfugie chez le prince Frédéric de Saxe au château de la Wartburg, où il entreprend la traduction (d’une rare beauté) de la Bible en allemand et la publie en 1534. Après cela, il revient à Wittenberg, se marie le 13 juin 1525 avec une ancienne sœur, Katharina von Bora, et devient père de 6 enfants.

Le nombre de livres qui lui sont attribués est impressionnant; par contre, certains affirment que plusieurs d’entre eux furent écrits par de bons amis tels Philippe Mélanchton.

L’homme présente des contrastes étranges. Le trait dominant paraît être chez lui une puissance indomptable, mais que de faiblesses on relève dans sa carrière ! Plus d’une fois les faiblesses de son caractère compromirent son témoignage chrétien. Trop entier dans ses principes, il se montra à l’occasion intolérant, défaut courant à son époque, par exemple vis à-vis de ceux qui ne partageaient pas ses idées au sujet de la Cène. Sur la question de la prédestination il n’admettait pas non plus la moindre contradiction, si bien que, au cours de discussions sur ces points capitaux, il manifesta un esprit très éloigné de celui de la grâce chrétienne. Il déploie une énergie à nulle autre pareille, puis c’est une phase de découragement, frisant le désespoir. Esprit admirablement cultivé, nourri aux sources les plus pures de l’humanisme, il sait faire montre d’une finesse d’expression et de sentiments, exceptionnelle de son temps, et pourtant il tombe fréquemment dans des trivialités grossières, se permettant des plaisanteries d’une vulgarité déconcertante. C’était un homme fougueux et turbulent, zélé, il est vrai, pour la vérité et prêt à se sacrifier pour elle, mais manquant de sagesse et de modération et toujours désireux d’attirer l’attention sur lui.

Le 19 février 1546, il meurt paisiblement de cause naturelle, les mains jointes sur sa poitrine.

Si vous désirez obtenir de plus amples informations sur sa vie et sa doctrine, voici deux liens que nous considérons dignes de lecture :

http://promesses.org/arts/152p27-32f.html

http://www.info-bible.org/histoire/reforme/95theses-complet.htm

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Histoire de l’Église 101

Vous êtes-vous jamais demandé d’où viennent les « Frères chrétiens »? Avez-vous toujours cru que ce mouvement évangélique existait depuis la nuit des temps? Croyez-vous qu’il fut amorcé par Jésus et que par après les apôtres l’ont transmis sans qu’il y ait jamais eu aucune interruption? Ou ces « Frères chrétiens » sont-ils apparus depuis peu? Avez-vous une idée de tout le chemin qui dut être fait pour qu’existe l’Assemblée chrétienne du Cap-de-la-Madeleine?

Au cours de l’année qui vient de débuter, je me propose de vous vulgariser en termes simples les débuts de l’œuvre évangélique au Québec et dans le monde mais également de vous présenter plusieurs de ceux qui ont débroussaillé la forêt de faussetés et de mensonges pour en arriver à l’oasis de paix que Jésus nous offre. Vous y découvrirez que le simple fait de pouvoir ouvrir une Bible de nos jours pour en puiser les trésors s’est souvent fait au prix du sang, de larmes et de sueurs. Si nos âmes aujourd’hui peuvent reposer dans la sécurité d’un salut éternel, c’est que d’autres ont souffert la persécution liée à la propagation de la vérité biblique et qu’ils l’ont défendue, souvent au prix de leur vie. Nous nous promènerons à travers les époques, les villes, les pays, et les langues, et tout cela dans un ordre non chronologique, selon la direction de l’Esprit. Vos commentaires et suggestions sont les bienvenus.

Revivez donc avec nous les débuts difficiles de ces croyants dignes de ce nom et la traversée qu’ils ont entreprise pour l’amour de la Vérité.

LA RÉFORME.

S’il est une époque qui plus que toutes autres marque aujourd’hui le cadran de nos vies du 21e siècle, c’est bien celle de la Réforme. Elle vous touche de très très près car sans elle, vous seriez probablement encore sous l’interdiction de lire votre Bible aussi librement que vous le faites (ou pouvez le faire) de nos jours. En voici le contexte :

Amorcée dès le XVe siècle et culminant au XVIe siècle, la Réforme protestante découle d’une volonté d’un retour aux sources du christianisme et aussi, peut-être, un besoin de considérer la religion et la vie sociale d’une autre manière. Elle reflète l’angoisse des âmes, par la question du salut, centrale dans la réflexion des réformateurs, qui dénoncent la corruption de toute la société engendrée par le commerce des indulgences et profitent de l’essor de l’imprimerie pour faire circuler la Bible dans la langue du peuple (allemand), en montrant qu’elle ne fait mention ni des saints, ni du culte de la Vierge, ni du Purgatoire. La référence à la Bible comme étant la norme est néanmoins une des principales motivations parmi les réformateurs. Ce principe de Sola scriptura (les Écritures seules) va guider ces hommes.

Commencée par Martin Luther en Allemagne et Ulrich Zwingli à Zurich, puis Martin Bucer à Strasbourg et plus tard Jean Calvin à Paris et Genève, la Réforme touche la majeure partie de l’Europe du Nord-Ouest; et elle aboutira à une scission entre l’Église catholique romaine et les Églises protestantes.

L’adoption de la Réforme revêt aussi un caractère politique. C’est un moyen pour la royauté d’affirmer son indépendance face à une papauté revendiquant une théocratie universelle (seul représentant de Dieu sur la terre) ou pour les populations de pouvoir se révolter face un souverain mal accepté. La Réforme se traduit donc au XVIe siècle par de nombreux conflits, mais aussi des guerres civiles en France, en Angleterre et en Écosse.

De nombreux facteurs interviennent. Pendant longtemps les historiens ont pensé que les vices du clergé étaient la principale cause de la Réforme : la débauche de certains prêtres et moines qui vivent publiquement en concubinage, qui s’enrichissent avec l’argent des fidèles… Cependant, il apparaît de plus en plus évident que c’est l’étude de la Bible qui en soit la cause profonde, puis par la suite le résultat.

Les fidèles ne reprochent pas au clergé de mal vivre mais de mal croire. En effet, l’Église répond mal aux angoisses des fidèles. Depuis le XIVe siècle et la grande peste, les fidèles vivent dans l’angoisse du salut. La peur de la mort et de l’enfer a comme conséquence le développement du culte marial (Marie), du culte des saints, du culte des reliques et la pratique des indulgences. Le but est de gagner son paradis sur la terre même au prix d’un séjour au purgatoire. À la fin du XVe siècle, les indulgences sont un moyen de plus en plus en vogue pour réduire le nombre des années passées par une âme au purgatoire après sa mort. Dès que l’or versé en contrepartie de l’indulgence tombe dans la sébile, l’âme s’échappe du purgatoire. De plus en plus, le fidèle se confesse non pas poussé par la conscience de ses péchés mais par peur de la punition après la mort.

À cette époque, les moines refusent souvent d’obéir à leurs évêques; les ordres religieux se jalousent les uns les autres; un grand nombre d’ecclésiastiques « oublient » leur mission spirituelle et locale : loin de leur diocèse, ils vivent à la cour papale, vont à la guerre, sont ambassadeurs, cumulent parfois plusieurs évêchés à la fois. Certains prêtres vivent en concubinage, possèdent des bordels, boivent excessivement, ne connaissent pas le latin. La médiocrité domine. Le clergé, exempté de toute punition pour ses incartades par des tribunaux nationaux, ne paie pas d’impôts aux trésoriers. Toutes les fonctions ecclésiastiques se vendent et s’achètent, les meilleures aux plus offrants ! L’intérêt pour la piété croît. Des œuvres y encouragent : vies des saints, Imitation de Jésus-Christ, Art de Bien Mourir, extraits bibliques) ; tableaux peints ou littéraires décrivant l’enfer et le purgatoire ; sculptures des cathédrales, où d’affreuses gargouilles côtoient les statues des saints. Généralement, la masse populaire est épouvantée par l’idée de la mort et de la fin du monde : « Qui peut être sûr de son salut ? ». Odieuses promesses d’échapper au purgatoire, les indulgences garantissent la rémission de la culpabilité et de la punition des péchés. Leur vente massive déclenchera la crise spirituelle d’un certain moine provincial, Martin Luther, et allumera la protestation réformée. Voici quelques exemples représentatifs de la comptabilité des marchands d’indulgences :

  • Contempler la relique du crâne d’un des douze Apôtres vaut 14 000 jours de pardon.
  • Adorer Marie en la priant raccourcit le purgatoire de 11 000 années.
  • Trois prières à Ste Anne valent 1.000 années de rémission pour des péchés mortels et 20.000 pour des véniels.
  • On peut acheter des indulgences en vue de péchés futurs !

C’est dans ce contexte que se levèrent plusieurs hommes dont les propos allaient déclencher un mouvement de masse qui changea la face du monde à tout jamais.

L’Évangile prêché et vécu produit toujours des effets à tous les échelons de la société. Notre pauvre monde, même évangélique, a besoin d’une autre Réforme dont les acteurs doivent être des hommes du LIVRE, intrépides, intègres, irréprochables, des hommes de prière, agissant en saison et hors saison comme des témoins véritablement inspirés par le Saint-Esprit, assidus, intelligents, et sans compromis !

Dans le prochain article, je vous présenterai la vie et l’œuvre de celui que l’on appelle encore aujourd’hui le Père de la Réforme et qui fut loin d’être banal : Martin Luther.

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